Insécurité alimentaire et nutritionnelle, éducation "alimentaire"
- Melania KIEL
- 15 mars 2018
- 2 min de lecture
Selon le Sommet Mondial de l’Alimentation de 1996 (Rome), le concept de sécurité alimentaire et nutritionnelle repose sur les aspects suivants : "(i) accès physique, économique et social à l’alimentation au travers notamment d’un pouvoir d’achat suffisant et de prix peu élevés des produits alimentaires ; (ii) disponibilité de la nourriture aux niveaux national, local et du ménage ; (iii) qualité sanitaire et nutritionnelle des produits et (iv) régularité de l’accès, de la disponibilité et de la qualité."
De nos jours, 815 millions de personnes dans le monde sont concernées par l'insécurité alimentaire et nutritionnelle (rapport SOFI, publié conjointement en septembre 2017 par la FAO, le PAM, le FIDA, l'UNICEF et l'OMS).
Monnaie courante dans les pays en développement et en transition, l'insécurité alimentaire et nutritionnelle touche aussi les pays industrialisés.
Avec "environ 1 personne sur 6 menacée de pauvreté monétaire, [...], 1 personne sur 13 en situation de privation matérielle sévère [...], et 1 personne sur 10 vivant dans des ménages à très faible intensité de travail", les pays de l'Union Européenne, UE, ne sont pas épargnés. Au sein de l'UE, l'insécurité alimentaire et nutritionnelle touche les groupes sociaux qui vivent dans la pauvreté (personnes sans domicile fixe, enfant et jeunes sans appui parental, réfugiés et immigrés) mais aussi la population aux revenus financiers modestes.
En France, les jeunes, mais aussi les ouvriers, les travailleurs indépendants, les familles nombreuses et monoparentales, certaines catégories de retraités sont, notamment, concernés. Leurs revenus financiers, faibles, les obligent à des restrictions alimentaires quantitatives et à des compromis qualitatifs, fréquents, voir à la privation involontaire de nourriture.
Restrictions, compromis, privation involontaire de nourriture, couplés à la simplification des repas, aux prix abordables des aliments hautement transformés, à la difficulté d'accès à l'information alimentaire et nutritionnelle, génèrent au sein de ces populations, des comportements alimentaires non sans conséquences sur leur santé. Citons quelques-uns :
Malnutrition ;
"Programmation négative" de la descendance (lorsque l'inadéquation des apports alimentaires concerne la femme enceinte et sa descendance jusqu'à l'âge de deux ans) ;
Maladies chroniques non-transmissibles (obésité, diabète non insulinodépendant, hyperlipidémie, maladies cérébrovasculaires, maladies cardiovasculaires, certaines formes de cancer, maladies auto-immunes, ostéoporose, etc.) ;
Mortalité précoce ;
Isolation, culpabilisation et abaissement de l'estime de soi, pouvant aller jusqu'à la dépression.
Générateurs d'une seconde forme d'inégalité sociale en termes de santé, les comportements alimentaires de ces populations comportent des coûts humains et économiques. Peut-on mieux accompagner en matière de santé ces populations et arriver à transformer, positivement, leurs comportements alimentaires ? L'expérience acquise révèle les limites d'une éducation "nutritionnelle", auprès de ces populations, car perçue comme "médicalisant" l'alimentation, comme réductionniste (le nutriment étant approché de façon dissociée de l'aliment dans lequel on le retrouve) et dirigeante.
Une éducation "alimentaire", auprès de ces populations, serait plus en accord avec le caractère multidimensionnel de l'acte alimentaire,
Copyright Pierre Gortchakoff
et par là, avec la possibilité d'aborder la santé dans son sens large (biologique, psychologique, social et culturel).
Auteure : Melania KIEL ; 26 janvier, 2018