Nous avons lu pour vous
- Léa MELKOWSKI, Malo COLDER
- 5 juil. 2017
- 3 min de lecture
Cet article de blog est le fruit de la lecture de « Why causality, and not prediction, should guide obesity prevention policy », rédigé par Arnaud Chiolero et publié dans "The Lancet", le 31 aôut 2018. L'article de Chiolero consiste en une prise de position quant à l'étude prédictive menée par Nyberg et ses collègues ("Obesity and loss of disease-free years owing to major non-communicable diseases: a multicohort study").
Arnaud Chiolero (MD, PhD) est épidémiologiste et médecin de santé publique. Pour des informations détaillées, le concernant, allez sur le link.
L'obésité correspond à un excès de masse graisseuse dans le corps. Cet excès résulte d'un réseau causal complexe, regroupant l'alimentation et l'activité physique, auxquelles s'ajoutent d'autres facteurs (génétiques, environnementaux, socio-économiques, etc.) (voir image).

Pandémique, car présente à l'échelle de la planète, l'obésité représente une crise majeure en santé publique. Selon l'OMS, elle est responsable de morts prématurées et de l'augmentation du nombre d'années vécues avec maladies chroniques majeures non transmissibles (diabète, maladies cardiovasculaires, cancers). En raison de l'augmentation de l'obésité et du vieillissement de la population, en particulier dans les pays à revenu faible et intermédiaire, le fardeau de ces maladies ne cessera d'augmenter.
Nombreuse études, dont celle de Nyberg et ses collègues, lui sont dédiées. Basée sur l'analyse des données en provenance de dix études de cohorte, l'étude de Nyberg trouve des associations entre les catégories d'obésité et d'indice de masse corporelle, IMC*, et le nombre d'années vécues avec des maladies chroniques majeures non transmissibles. Cela, indépendamment des catégories d'activité physique, du tabagisme et du statut socio-économique. Éloquent exercice de prédiction, l'étude de Nyberg ne comporte, malheureusement, aucune considération causale explicite.
* L'obésité est diagnostiquée en se basant, notamment, sur l’indice de masse corporelle, IMC. Cet indice correspond au poids d'une personne (en kg) divisé par le carré de la taille (en cm). Si l'IMC est > à 25, on parle de surpoids, s'il est > à 30, on parle d'obésité. Cet indice est à considérer avec précaution, car une personne peut avoir un IMC élevé, sans pour autant disposer d'un excès de masse graisseuse (les sportifs de haut niveau, les personnes âgées, les femmes enceintes).
À la lumière de l'étude de Nyberg, la prévention de l'obésité devient une stratégie importante, car ayant pour conséquence la diminution du nombre d'années vécues avec des maladies chroniques majeures non transmissibles. Cette conclusion implique un lien de causalité entre l'obésité et les maladies en question. Peut-on, pour autant, affirmer qu'en réduisant l'obésité, on peut prévenir les maladies chroniques majeurs non transmissibles ou retarder leur apparition ? Pas si évident que ça, pour plusieurs raisons, dont : (i)** la rareté des preuves solides quant à la manière de prévention de l'obésité et (ii)*** la dépendance de l'impact d'un programme de prévention de l'obésité, sur les maladies liées, de la méthode utilisée pour empêcher l'augmentation de l'IMC.
(i)** La prévention se doit d'être fondée sur une approche se référant à l'ensemble du réseau causal et au parcours de vie de chaque individu. Or, en ce sens, nous ne disposons pas "d'interventions efficaces, fondées sur des preuves, bien définies et applicables [...]."
(ii) ** "S'il existait un effet causal simple et direct de l'obésité sur le risque de maladie (figure), le nombre de maladies évitées ou retardées pour une réduction donnée de l'IMC pourrait être facilement prédit à l'aide, par exemple, des résultats de Nyberg et ses collègues." Or, tel n'est pas le cas : le lien de causalité entre l'obésité et le risque de maladie n'est pas simple, l'obésité même étant la conséquence d'un réseau causal complexe "ayant des effets directs et spécifiques sur le risque de maladies liées à l'obésité (figure). "
Pour clore :
S'il est vrai que la prédiction "offre des arguments en faveur de la poursuite des activités de recherche et de prévention liées à l'obésité", il est tout aussi vrai qu'elle "n'aide pas à informer directement les politiques de prévention".
Contrairement à la prédiction, la causalité indique une possibilité d'intervention et est, de ce fait, "nécessaire pour définir une politique de prévention appropriée". Un programme de recherche, conséquent, devraient, dès lors, évaluer l’effet des interventions :
- visant à accroître les facteurs de causalité modifiables : l'alimentation et l’activité physique ;
- visant à influencer l'impact de ces facteurs sur le fardeau des maladies liées à l’obésité.
Auteurs : Léa MELKOWSKI, Malo COLDER